Inflation
La présente fiche n’a pas pour vocation de vous dispenser un cours d’économie… Elle a pour objectif de vous donner simplement quelques éclairages sur le phénomène de l’inflation.
Qu’est-ce que l’inflation ?
L’inflation est l’un des phénomènes économiques les plus connus, tout à la fois simple à constater, délicat à mesurer et difficile à expliquer.
L’inflation a des causes variées et des conséquences tantôt néfastes, tantôt bénéfiques.
Définition
Etymologiquement, le terme inflation vient du latin inflare, qui signifie enfler, gonfler.
Il désigne communément une augmentation générale, durable et auto-entretenue des prix des biens et services :
- augmentation générale : la hausse des prix doit affecter la totalité des biens en circulation et services proposés ;
- augmentation durable : une augmentation des prix pendant quelques mois n’est pas constitutive d’inflation ; il en est ainsi des hausses saisonnières des prix (fruits en hiver ou locations en été par exemple). Le relèvement des tarifs doit résulter d’un déséquilibre prolongé ;
- augmentation auto-entretenue : l’augmentation du prix des matières premières ou produits semi-finis rejaillit nécessairement sur le prix des produits finis (ainsi le prix du blé a une influence directe sur le prix du pain…).
Selon son rythme, l’inflation peut atteindre différents niveaux :
- stabilité des prix, lorsque le taux d’inflation est inférieur à 2%,
- inflation rampante, lorsque le taux est faible (de 3 à 4% par an) et continu,
- inflation ouverte, lorsque la hausse générale des prix est rapide, cumulative et comprise entre 5 et 10% (avec de possibles pointes à 20%),
- inflation galopante ou hyperinflation, lorsqu’elle dépasse les 20%.
Mesure
En France, le niveau général des prix est mesuré tous les mois par l’indice INSEE des prix à la consommation (l’IPC).
Chaque mois, l’INSEE réalise des relevés de prix sur un ensemble de 250 postes regroupant des biens et services consommés par les ménages français.
Ainsi, ce ne sont pas moins de 200 000 prix qui sont collectés chaque mois.
L’IPC est publié mensuellement au Journal Officiel aux alentours du 13 pour le mois précédent.
Depuis 1993, l’IPC couvre les biens et services consommés sur l’ensemble du territoire par tous les ménages résidents et non-résidents (comme les touristes).
Seule une faible part des biens et services, moins de 5%, n’est pas couverte par l’indice : il s’agit principalement des services hospitaliers privés, de l’assurance vie et des jeux de hasard.
Par ailleurs, l’indice des prix hors tabac sert à indexer de nombreux contrats privés, les pensions alimentaires, les rentes viagères ainsi que le SMIC.
Le taux d’inflation correspond à la variation de l’IPC entre deux dates données.
Le taux annuel peut se calculer de deux façons :
- par glissement : il s’agit de comparer l’IPC du mois de décembre de l’année en cours à celui du mois de décembre de l’année précédente ;
- en moyenne : il s’agit de faire la moyenne arithmétique des IPC relevés sur les 12 mois de l’année écoulée et de la comparer à celle de l’année précédente.
Avec la création de l’euro, les indices de prix ont fait l’objet d’un travail d’harmonisation entre les services statistiques nationaux sous la coordination d’Eurostat, l’Office Européen des Statistiques.
L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) ainsi obtenu ne se substitue pas aux IPC nationaux : il permet de mesurer l’inflation dans la zone Euro et d’effectuer des comparaisons internationales. Par ailleurs, il sert au calcul de l’IPCUE, indice des prix à la consommation dans l’Union Européenne (cette dernière étant plus large que la zone euro…).
La Banque Centrale Européenne a pour objectif de maintenir l’IPCUE à 2% par an, ce que l’on appelle le « 0 inflation ».
Origine, conséquences et moyens de lutte
Deux courants de pensées s’affrontent à ce sujet : les keynésiens et les néo-classiques.
La pensée keynésienne
Pour les keynésiens, l’inflation n’est pas un mal en soi.
Ils fondent leur théorie sur la courbe de Phillips et établissent une corrélation négative (ou relation inverse) entre l’inflation et le chômage.
Concrètement, plus le niveau général des prix augmente, moins il y a de chômage au sein de l’économie.

La théorie keynésienne part du principe que les agents économiques (personne physique ou morale participant à l’activité économique, c’est-à-dire les ménages, les entreprises, les institutions financières, l’Etat ...) ne sont pas rationnels. Ils estiment donc leur niveau de richesse par rapport à leur revenu nominal et non par rapport à leur revenu réel ; en d’autres termes, ils considèrent uniquement les salaires et rentes perçus, sans tenir compte de la hausse des prix.
Ainsi, si le revenu nominal augmente de 2% et le niveau général des prix de 3%, le salarié pense qu’il gagne plus et s’en satisfait.
En réalité, il gagne moins d’argent, coûte donc moins cher à l’entreprise, ce qui favorise une baisse des coûts de production, donc l’emploi.
A cela, s’ajoute le fait que l’inflation diminue le « pouvoir d’achat » de la monnaie. On parle de dépréciation monétaire.
Si une monnaie à moins de « pouvoir d’achat », sa valeur baisse par rapport à celle des autres monnaies. Ainsi, les prix des biens du pays où la monnaie est dépréciée coûteront moins chers pour les autres pays, ce qui stimulera les exportations, donc la production et le niveau d’emploi.
D’après Keynes et ses disciples, l’inflation économique serait donc positive, et l’intervention de l’Etat justifiée.
En effet, une politique monétaire ou budgétaire expansionniste se caractérise par une hausse des dépenses visant à accroître l’activité économique : il y a plus de liquidité ou monnaie en circulation, donc inflation (plus la monnaie est abondante, moins elle a de valeur et plus les prix augmentent).
La théorie keynésienne eut court tout au long des « Trente Glorieuses », période économique la plus prospère que le monde n’ait jamais connu. En effet, de 1945 à 1970, le taux de croissance en France était en moyenne de 5,5% et le chômage de 4% environ.
Mais, les années 70 connaissent une période d’inflation et de chômage, connue sous le nom de "stagflation" ; or, d’après la théorie keynésienne, il ne peut y avoir à la fois inflation et chômage. Il convient donc de trouver de nouvelles explications.
C’est dans ce contexte qu’interviennent les néo-classiques.
La pensée néo-classique
A la différence des keynésiens, les néo-classiques supposent que les agents économiques sont rationnels et tiennent compte du niveau d’inflation dans leur calcul de rentes et salaires ; ils considèrent donc leur revenu réel, non leur revenu nominal, et réclament une augmentation de revenu comparable (voir supérieure) à l’augmentation du niveau général des prix. Du coup, les entreprises enregistrent une hausse de leurs coûts de production et sont amenés à licencier : il peut y avoir alors inflation et chômage.
Par ailleurs, si un Etat poursuit une politique budgétaire (ou monétaire) expansionniste en vue de relancer l’économie, il y a inflation.
Or, les agents économiques étant rationnels, ils demandent une augmentation de leur revenu comparable à celle de l’inflation.
L’inflation créée n’a alors aucun impact sur le niveau de production donc d’emploi de l’économie.
L’objectif de relance n’étant pas atteint, l’Etat peut se lancer à nouveau dans une politique expansionniste, d’où inflation sans changement sur les niveaux de croissance et chômage, etc, etc…
C’est ce que l’on appelle la spirale inflationniste qui pourrait déboucher sur une crise hyper inflationniste comme ce fut le cas en Allemagne dans les années 20.
Selon les néo-classiques, il faut maintenir un niveau d’inflation faible, donc intervenir le moins possible dans l’économie.
C’est pourquoi, la Banque Centrale Européenne fait en sorte de conserver un niveau d’inflation de 2%. Ce qui explique aussi que dans la zone Euro, les déficits et la dette publics soient limités (à 3% par apport au PIB pour le 1er, et à 60 % pour le second) par le pacte de stabilité et de croissance.
Pour maintenir ce niveau d’inflation faible, la Banque Centrale Européenne fixe un taux d’intérêt directeur assez élevé pour limiter les crédits dans l’économie.
Cela revient à favoriser les « vieux » (si le taux d’intérêt est élevé, les cotisations retraites rapportent plus d’intérêts) au détriment des « jeunes » (pénalisés par des crédits chers).
Le problème de cette vision est que la croissance économique peut s’en retrouver amoindrie : l’Etat intervient moins notamment pour soutenir la demande des ménages modestes. Or, les ménages modestes ont une propension à consommer plus importante que les ménages aisés ; l’absence de stimulation engendre une baisse de la demande pénalisant la production et donc l’emploi.
A l’extrême, il pourrait se produire un phénomène de surproduction où l’offre serait supérieure à la demande. Or si l’offre est supérieure à la demande, les prix baissent, les entreprises font moins de profits et licencient. Ce qui entraîne une nouvelle baisse de la demande… etc.
Dans ce contexte, nous tombons dans un cercle vicieux déflationniste comme lors de la crise de 1929.
C’est également ce qui a failli arriver suite à la crise financière, puis économique de 2008. Heureusement, les économistes connaissant les méthodes keynésiennes permettant de relancer la croissance ont incité les Etats à intervenir massivement dans l’économie pour soutenir la demande et éviter une chute totale du système économique.
En suivant la logique de cet exposé, quel nouveau risque encourent nos économies aujourd’hui après l’intervention massive des Etats et des banques centrales comme le préconisent les keynésiens ?...
L’inflation !!!
Conclusion
La question de l’inflation est donc très complexe et personne n’a la bonne solution.
Aujourd’hui, l’école de la synthèse, notamment représentée par André Malinvaud, propose d’utiliser des méthodes « keynésiennes » face à une crise « néo-classique » et des méthodes « néo-classiques » face à des crises « keynésiennes ».
Pour aller plus loin
TÉLÉCHARGEMENT

- Qu’est-ce que l’inflation ?
- Fiche informative